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12/03/2007

Et si la voie publique devenait un boulevard judiciaire ?

(Tout est presque faux, mais tout pourrait devenir presque vrai)

 

« - Affaire suivante. David Carzon, journaliste au quotidien 20 Minutes. Monsieur Carzon, vous êtes poursuivi pour avoir à Argenteuil, incité des personnes à commettre des actes de violence. Un délit réprimé par l’article 227-24 du Code pénal par une peine maximale de trois ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende. Je vais rappeler les faits. Il y a un mois environ, vous avez été interpellé à Argenteuil par une patrouille de police appelée par des riverains, alors que vous étiez en train d’interviewer des jeunes du quartier. C’est bien ça, monsieur Carzon ?

-    Oui, madame la Présidente.

-    Il a été constaté par les fonctionnaires de police, que vous posiez à ces jeunes des questions sur leurs conditions de vie dans leur quartier ou encore sur leur vision de la société. Ces jeunes ont, d’après les policiers, répété les mots « haine », « violence » ou « colère » quand ils vous ont répondu. Toujours exact, monsieur Carzon ?

-    Toujours exact, madame la Présidente.

-    Lorsque les policiers vont ont interrogé sur les raisons de votre présence, vous leur avez répondu que vous étiez en train de faire un reportage sur le bilan de l’action du nouveau gouvernement dans les banlieues. Les fonctionnaires de police vous ont demandé d’arrêter en raison de la situation tendue dans les quartiers dits difficiles. Ils vous ont précisé que vos questions étaient susceptibles d’attiser un climat déjà crispé et de déclencher des violences. Vous avez refusé de quitter les  lieux, arguant que vous étiez sur la voie publique et que rien ne pouvait vous empêcher de faire votre travail. Les policiers vous ont rappelé l’existence du délit d’incitation à la violence, notamment vis-à-vis des mineurs. L’ont-ils fait monsieur Carzon ?

-    Oui, madame la Présidente.

-    Et que leur avez-vous répondu ?

-    Que je ne faisais que mon travail, que ce n’est pas moi qui provoque des actes de violence. Si j’avais demandé à ces jeunes d’aller brûler des voitures pour faire de belles photos, je pourrais comprendre pourquoi je suis poursuivi. Or, ce n’est pas le cas. Je leur ai posé des questions d’ordre général sur leur vie, leur quartier, leurs difficultés à s’insérer dans la société, sur la réalisation ou non des promesses faites par les politiques. Je ne suis qu’un miroir de la société, je constate les problèmes, je n’en crée pas d’autres en plus. Qui saura que ces jeunes ont des problèmes si nous ne pouvons le dire ? Qui saura ce qu’il se passe ici à part la police ?  Et les politiques qui ne tiennent pas leurs promesses, ne faudrait-il pas les poursuivre aussi car c’est la première cause de la colère des habitants des cités ?

-    Pour revenir aux faits qui vous sont reprochés, vous avez donc refusé de quitter les lieux malgré les demandes répétées des policiers ?

-    Oui, madame la Présidente.

-    Vous avez donc été interpellé et conduit au commissariat pour être entendu. Et le parquet a donc décidé de vous poursuivre. Monsieur le Procureur, quelles sont vos réquisitions ?

-    Madame la Présidente, je dois vous dire que j’ai en plus qu’assez de ces journalistes qui se cachent derrière leur carte de presse, derrière leur pseudo-déontologie. Monsieur Carzon, les questions que vous posées ont non seulement un sens, mais elles ont aussi des conséquences. Des conséquences que votre profession a trop souvent ignorées. Si des voitures brûlent dans les quartiers, si des policiers sont agressés, c’est parce que vous incitez les jeunes à le faire en répercutant leurs actions. Si personne n’en parlait, beaucoup de faits n’auraient pas lieu… »

 

Vous pensez vraiment que cette situation ne pourrait jamais arriver. Regardez le petit film ci-dessous tourné par une équipe de télévision de latelelibre juste avant le meeting de Nicolas Sarkozy, à Cormeilles-en-Parisis. Regardez l’intervention du commandant de police qui demande au journaliste d’arrêter de filmer les jeunes. Regardez, écoutez et imaginez…

David Carzon 

(si vous n'arrivez pas à lire la vidéo, l'adresse c'est

 

 

26/02/2007

Alévêque compte sur les blogs

Dans notre édition papier de ce matin et sur le blog présidentielle de 20 minutes de ce matin, je publie une interview de l'humoriste Christophe Alévêque. La raison : il vient de sortir un livre aux éditions du Panama, Surtout, n'oubliez pas d'avoir peur, où il compile petites phrases et penses définitives notamment sur la politique et la campagne électorale.

Christophe Alévêque n'est pas seulement le seul chroniqueur drôle de la bande Ruquier. Il écrit aussi des spectacles drôles. Moi, je suis pas trop one-man show, ça doit être mon côté con. Mais j'avoue qu'en regardant le spectacle d'Alévêque, je n'avais pas autant ri depuis que Desproges est mort. C'est pour dire comment je suis à la page question comique troupier. Le bonhomme a un je ne sais quoi d'humour à froid qui me fait me bidonner. Allez lire son interview en forme de commentaires à ses propres vannes, c'est saignant et bien vu.

Pour travailler, Christophe Alévêque lit beaucoup les journaux, mais aussi les blogs (il blogue même ). La preuve avec un morceau de l'interview juste en dessous. Je sais, le son est pourri, je l'ai enregistré avec mon téléphone portable dans un bar avec beaucoup de bruit. En plus, il bouge tout le temps, il arrêtait pas de prendre mon téléphone pour le déplacer sur la table. Bref, le son s'en ressent, mais on comprend ce qu'il dit sur l'intérêt de suivre l'actu avec les blogs.

à écouter ici : podcast

David Carzon 

07:35 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : aleveque, blog, presidentielle, 2007

17/02/2007

Duhamel : le mirage de la transparence

Ce qui m’a le plus surpris dans ce qu’on peut appeler l’affaire Duhamel, c’est le soutien quasi-général dont le chroniqueur a fait l’objet. Du côté des journalistes, c’est le genre de réflexe corporatiste qui me m’étonne guère. Mais même la blogosphère a pris la défense de l’éditorialiste au nom d’un nouveau concept immaculé : la transparence. Mais tous ces soutiens s’appuient sur deux arguments totalement aberrants.



1) Il faudrait que tous les éditorialistes fassent leur coming-out politique


- Et pourquoi pas qu’ils affichent leurs préférences sexuelles aussi ? Voici typiquement le genre d’idées faussement démocratiques. Si tous les éditorialistes affichaient leur opinion, le débat politique serait-il plus clair ? Bien sûr que non malgré ce que de nombreux blogueurs affirment. Le public sera toujours tenté d’appliquer une grille de lecture basée sur la conviction personnelle qu’il connaît de l’intervieweur ou qu’il croit connaître. Avant, quand on se doutait simplement que Duhamel était à droite, tout le monde trouvait qu’il se comportait de la même manière avec tous les hommes politiques (je parle de la forme, pas forcément du fond). Maintenant qu’on sait qu’il a envie de voter Bayrou, on ne pourra plus avoir cette impression même si lui se comporte exactement pareil. Où est la transparence dans tout ça ? Qui est gagnant ?


- Duhamel annonce en novembre qu’il va voter Bayrou. Et aujourd’hui, qu’en pense-t-il ? Il s’est passé près de quatre mois, il y a eu la primaire socialiste, la désignation du candidat de l’UMP... A-t-il changé d’avis comme cela arrive à tout le monde au cours d’une campagne électorale ? La transparence imposerait qu’il étale ses états d’âme, ses revirements, ses doutes. Ce qui implique une chose : une interview politique serait donc interprétée, non pas en fonction des réponses de l’interviewé, mais en fonction de ce que pense l’intervieweur au moment même  de l’entretien.


- Reprenons ensuite le contexte dans lequel cette vidéo a été diffusée. Ce sont les jeunes UDF à l’origine de l’enregistrement qui l’ont eux-mêmes mise en ligne pour afficher un soutien de poids à Français Bayrou. Il s’agissait donc pour eux d’un argument à valeur électorale, cela n’a donc rien à voir avec une notion de transparence. C’était : « Bayrou, il est bien, même Duhamel le soutient ». L’engagement d’un éditorialiste ne peut pas se faire sans récupération.


- Et puis dernière chose, imaginez qu’un éditorialiste ou intervieweur politique annonce qu’il vote Le Pen. Quelle serait la réaction de tous ceux qui disent que cela ne les dérange pas que Duhamel interviewe Bayrou après son coming-out politique, qu’ils préfèrent même le savoir ? Quelle serait leur réaction si ce journaliste pro-lepéniste interviewait Le Pen dans une émission en prime-time ? Auraient-ils le même raisonnement ? Je n’en suis pas vraiment sûr.



2) Tous les autres éditorialistes ne cachent guère leur opinion politique, alors pourquoi virer Duhamel


- La vraie question est : pourquoi ne pas virer tous les autres ? En réalité, c’est bien tout le système qu’il faut revoir. Déjà, en 2005, le référendum sur le traité constitutionnel avait montré le fossé qui s’était creusé entre les éditorialistes d’une part et les lecteurs-téléspectateurs-citoyens-électeurs d’autre part. Le système est vicié et n’a plus de raison de subsister. Il faut revenir à quelque chose de plus sain.


- Je le sais d’expérience, tous les journalistes qui suivent Sarkozy, ne sont pas forcément pro-sarko. Ils font leur boulot le mieux qu’ils peuvent. On reproche par exemple au journal Le Monde d’être Sarkocompatible, mais c’est un des journalistes du quotidien du soir qui suit le candidat au quotidien qui vient de sortir les problèmes de chiffrage du programme de Sarkozy, affaire qui pourrait se révéler ennuyeuse pour lui. Le problème ne se situe donc pas tant à ce niveau-là. Il suffirait que les journalistes tournent un peu plus sur les rubriques pour empêcher toute connivence et tout irait un peu mieux.


- Alors que faut-il faire ? Une solution utopique : que les patrons de presse prennent leur distance face au pouvoir politique en arrêtant de leur faire du pied. Une solution plus pragmatique : supprimons les éditorialistes qui ne reflètent rien d’autre qu’eux-mêmes. Remplaçons-les par des chercheurs, des penseurs, des philosophes... Je ne parle pas des Glucksmann, des Finkelkraut, BHL et autres Minc. Non je pense à de vrais intellectuels, des gens moins connus qui ont une expertise, une pensée, des raisons de partager leur savoir. Des gens engagés peut-être mais qui nourrissent le débat au lieu de l’accaparer et de le faire tourner en rond.


David Carzon


 
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