Avertir le modérateur

04/09/2007

Les lois de l'attraction Universal

medium_R0011754.JPG
 
 
  

À lire la presse ou la pub en ce moment, j’aurais presque eu envie de filer aux maisons de disque mon argent de poche, mon plan épargne-logement et le fric que j’avais mis de côté pour mes obsèques. Auraient-elles enfin compris que le numérique peut être un outil supplémentaire pour la diffusion, même sonnante et trébuchante, de la création et non juste une chienlit qui les oblige à repenser un business model qui crachait si bien qu’elles ne voulaient surtout pas y toucher ? Euh, non, pas tout à fait encore quand on y regarde de plus près.

[A ce propos, les Rita Mitsouko expliquaient récemment que leur maison de disques ne voulait pas se faire chier à en vendre quelques milliers d’exemplaires à l’étranger alors qu’elles en vendaient 200 000 en France. Maintenant, les majors seraient prêtes à tuer père et mère pour 2000 albums vendus dans n’importe quel pays même totalitaire.]

D’après Le Parisien, « la nouvelle vague perce sur internet », citant les exemples de Kenza Farah, de Koxie ou de Yelle. Selon le quotidien, les maisons de disques piocheraient sans vergogne dans cet immense réservoir à talents qu’est internet.Bon, déjà, j’aurais à redire sur la qualité des exemples proposés par le journal. Mais bon, ça, c’est personnel. Surtout, j’ai tendance à croire que de toute façon, ces trucs-là seraient sortis. Les majors ont le chic pour dénicher le one-shot qui se viandera au second album. Et ce n’est pas parce qu’on essaie de percer sur internet qu’il n’y a pas un producteur futé derrière.

Surtout, il y a l’offre, alléchante sur le papier, lancée par Neuf Cegetel et son alliance avec le grand méchant Universal. L’idée général, c’est quand quand tu payes ton abonnement mensuel pour ta NeufBox et bien t’as le droit de télécharger toute la musique de la terre. Euuh non, ça, c’est qu’on voudrait nous faire croire. Car au bout du compte, tu auras le droit à une petite partie du catalogue d’Universal et il faudra rajouter quelque 5 euros par mois pour accéder au répertoire entier. Tant mieux pour ceux qui aiment Tokio Hotel. Tant pis pour les autres.

On peut dire qu’Universal a réussi son coup : faire croire au grand public qu’avec cette offre, le téléchargement illimité et légal devenait aussi intéressant et aussi peu cher, c’est à dire gratuit, que le piratage.

L’autre soir, j’entendais une conversation dans la rue :

« T’as vu, maintenant avec l’abonnement internet, tu peux télécharger ce que tu veux.

- Ouais mais tu payes...

- Non, même pas, je te dis que c’est dans ton abonnement. C’est comme si tu piratais, mais légalement. »

Voilà. Et quelqu’un lui a dit à ce monsieur qu’il ne possédera plus les morceaux s’il ne paye plus l’abonnement et que ce n’est pas compatible avec l’Ipod ? Quelqu’un lui a dit qu’il ne faisait que louer des morceaux de musique comme on loue une voiture ? Ce n’est pas que ce modèle soit culturellement moins noble qu’un autre, c’est surtout que les consommateurs n’ont pas vraiment conscience de la nature de leur engagement.

Ami lecteur, à lire ce qui précède et ce qui suit, tu vas me dire que je dois en vouloir à Universal. Mais comme d’habitude, je vais trouver de bonnes réponses à tes questions à la con. D’abord, Universal est la maison de disques la plus importante et la plus active en ce moment. Normal donc qu’on scrute à la loupe ses faits et gestes. Ensuite, c’est souvent elle, par l’intermédiaire de son gourou Pascal Nègre, qu’on a vue monter au créneau pour défendre le métier et lutter contre l’idée d’une licence légale par exemple. Enfin, ne me dis pas que toi non plus, tu n’as pas esquissé un petit sourire jouissif en voyant Pascal Nègre se faire huer par le public de Star Ac’. Alors que bon, quand on y réfléchit bien, c’est plutôt classieux de se mettre à dos une nuée d’ados hystériques du genre à voir en Mylène Farmer, un Verlaine des temps modernes. Et pourquoi pas donner le prix Goncourt à Sarkozy pour son livre « Ensemble » ? Ou à Yasmina Réza pour son livre « Ensemble » ?

Universal n’a jamais été en aussi bonne posture pour inverser un rapport de forces en sa défaveur jusqu’ici. En défaveur d’une part, parce que les échanges rendus possibles par le haut-débit et certains outils comme les réseaux P2P ont bouleversé les rapports entre les maisons de disque et les consommateurs. En défaveur d’autre part parce qu’Itunes a mis la main sur la vente de titres en ligne à ses conditions.

Ce qui a changé, c’est l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy qui a toujours soutenu les stratégies des maisons de disques. Ce qui a changé également, c’est la position de plus en plus dominante occupée par Universal par rapport à ses concurrents : 37 % de parts de marché. Si on parlait en degré, on pourrait dire que la major est à bonne température. Cette domination lui permet de tenter d’imposer sa vision de choses, de verrouiller le marché et d’imposer ses lois commerciales. Bref, de reprendre la main sur l’Itunes d’Apple, avec lequel Universal vient d’ailleurs de renégocier son contrat.

C’est aussi le bon moment parce qu’on a tellement rebattu les oreilles du consommateur avec les dangers du téléchargement illégal que celui-ci est près à sauter sur n’importe quelle offre qui ressemblait de près ou de loin à du téléchargement illimité mais légal. D’où l’offre avec Neuf Cegetel qui arrive à point nommé.Un autre bras de fer a également cours avec ceux qui voudraient imposer un autre modèle économique ou non. Si Deezer (ex blogmusik), allié avec Free, a décidé de se ranger et a trouvé un accord avec la Sacem pour rétribuer les auteurs, Universal a déjà fait savoir qu’elle ne permettrait pas l’exploitation de son catalogue sur ce site en streaming.

Une attitude un poil revancharde de la part de la maison de disques. Alors que depuis des années, tous les acteurs de la filière musicale demandent aux vilains petits canards comme Deezer de se mettre en conformité, quand ils le font, on leur ferme la porte au nez. Pas très fair-play. Mais bon, dans les manuels du parfait petit chef d’entreprise illustré, dont le célèbre « Parisot la monnaie », le mot fair-play est traité dans la rubrique « Ce qui ne sert à rien ».

David Carzon

23/01/2007

Faut pas croire, ça bosse quand même

Pour tous les journalistes présents au Midem de Cannes, la journée du lundi est la plus redoutée. C'est celle où s'enchaînent toutes les conférences de presse et où l'on se retrouve noyé sous une avalanche de chiffres, de déclarations, d'analyses...

Ça commence le matin au Palais des Festivals avec le Syndicat national des producteurs phonographiques qui balance les chiffres des ventes de disques en France. Alors forcément, la journée commence de manière maussade vu que ces chiffres sont encore une fois pas très bons. Même Pascal Nègre, le big boss d’Universal (si, vous savez, celui qui adore se faire huer à la Star Ac’) qui finit toujours par faire une sortie à un moment ou un autre, reste étonnamment calme et effacé. Ambiance gueule de bois.

J’apprendrai un peu plus tard que tout était planifié. Les patrons des majors s’étaient vus juste avant la conférence et avaient décidé d’un commun accord d’en faire le moins possible. La raison : la présidentielle approchant et après le déchaînement des passions provoqué par la loi sur les droits d’auteur, les producteurs ne souhaitent pas attirer l’attention sur eux et attendre le prochain ministre de la Culture pour remonter au créneau.

Le temps d’écrire un papier, de l’envoyer au journal, et nous nous retrouvons tous à la conférence de la Sacem à l’hôtel Majestic qui annonce un partenariat avec ses homologues espagnols et italiens, dans la gestion des droits d’auteurs. Le sujet est crucial puisqu’il va faciliter la vie de ceux qui voudraient lancer des plateformes de vente de musique en ligne. Un sujet crucial donc, mais terriblement technique et difficilement explicable simplement pour le grand public.


medium_P1010848.jpg Le temps de m’arracher des cheveux que je n’ai plus, et me voilà à nouveau assis à une autre conférence de presse, celle du syndicat des labels indépendants et toujours à l’hôtel Martinez. Leur analyse sur la crise actuelle est intéressante et fouillée, leurs propositions motivées. Beaucoup de choses sérieuses à en retenir de leur démonstration réalisée sur un nouveau type de support : un « slide-show power point unvirtual » réalisé avec du matériel de pointe, à savoir un feutre et une feuille de papier d’un paper-board. Le monde du disque, ce n’est plus ce que c’était.


Ensuite, encore et toujours au Martinez, c’est au tour du ministre de Culture de venir devant les acteurs filière musicale, les journalistes, les organisateurs du Midem, et les institutionnels. S’il le pouvait, il leur dirait qu'il sait ce que la filière musicale pense de lui, il leur dirait ce qu'il pense d'elle, il reconnaîtrait qu'il n'a pas su faire voter une loi sur les droits d’auteur liés au numérique qui plaise à tous, il reconnaîtrait qu’il est plombé et qu’il ne peut rien faire aujourd’hui alors que la période est cruciale.


Je m’éclipse avant même le début de sa prestation. Je préfère courir à la rencontre avec le bureau export France qui s’occupe de faire la promotion des artistes français à l’étranger. Les chiffres ne sont pas super bons, mais on sent aux Etats-Unis, en Angleterre, en Australie, un peu partout dans le monde, un vrai intérêt pour plusieurs artistes, groupes et mouvements musicaux hexagonaux avec des gens comme Camille, Phoenix, Stuck in the Sound, Daft Punk… De quoi se réjouir un peu dans le marasme ambiant.


Et déjà, il est quasiment 19 heures. Maintenant, c’est la course, il faut trouver une place à la salle de presse, éplucher ses notes pour faire le tri, écrire les papiers, les envoyer à la rédaction… Et encore, moi je peux choisir de parler de ce que j’estime être le plus intéressant. Pas comme Paul, mon collègue de l’AFP qui se doit d’être le plus exhaustif possible. Alors quand moi, je décide de choisir de parler de certaines choses et d'en laisser tomber d'autres, lui ne peut pas se le permettre. Je le sais, c’est un luxe.

David Carzon


17:35 Publié dans Ma vie au midem | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : midem, musique

22/01/2007

Tant qu'il y a à boire, y'a de l'espoir

Oui, l’industrie du disque va mal. Oui, elle souffre. Oui, elle ne sait encore pas trop comment se sortir de l’impasse actuelle. Oui, mais elle a encore soif. Dimanche soir, c’était la grande soirée d’ouverture du Midem à l’hôtel Martinez. Il fallait le voir pour le croire : au bout des longs couloirs aux lumières tamiséesmedium_P1010827.jpg, à l’ambiance d’habitude si feutrée, le quidam invité déboulait dans la grande salle de réception de l’hôtel avec deux énormes bars et des centaines de coupes de champagne. Vu le monde, on pouvait se dire qu’il n’y aurait qu’un service et qu’avec un peu de chance, on pourrait boire juste une petite coupette. Ben non, parce qu’en fait, c’était open bar de chez open bar. Les centaines de coupes de champagne se sont transformées au fil des heures en milliers de coupes. Et on a beau vouloir faire un peu attention à sa dignité, on finit par boire ces coupes comme on mange des escargots : à la douzaines.

 

medium_P1010824.jpg


J’ai commencé par le symbole et le superflu. Toutefois, l’essentiel n’était pas là dans cette soirée. Car au milieu de cet océan de bulles, il y avait des groupes qui jouaient. Quoi ? Des groupes ? De la vraie musique ? Incroyable ! Après deux jours à discuter de l’avenir économique de la filière, de business-models, bref d’argent (ou plutôt son manque d’argent), ça fait du bien de revenir aux fondamentaux : des musiciens sur une scène.


Au programme de ce set sponsorisé par Emi Publishing, quatre groupes très différents. Les Canadiens de Justin Rutledge avaient le rôle le plus ingrat : ouvrir la soirée quand tout le monde est occupé à picoler et à discuter. Mais leur folk avec des vrais morceaux de grosses chemises à carreaux se prêtait bien à l’ambiance cool du moment.


La suite était d’un tout autre niveau. Naturally 7 sont bien sept sur scène comme leur nom l’indique. medium_P1010833.jpgEt si on a l’impression d’entendre un groupe avec des instruments, leur prouesse est de les imiter à la perfection avec leurs seules cordes vocales. Ce ne sont pas seulement des « human beat boxes ». Leur idée va bien au-delà. Chacun a un rôle bien dévolu, chacun a son instrument : guitare, batterie, trompette, basse, platine… Une révélation.


Après, c’était du lourd, Mando Diao est un groupe de rock suédois avec tout ce qui va avec : coupes de cheveux, chemises noires, ceintures qui brillent autant que les pupilles. Après la performance précédente, Mando Diao est venu rappeler à l’assistance que le rock, ça peut faire mal aux oreilles, que ça peut vous prendre aux tripes et vous remuer de l’intérieur. Comme si vous étiez traînés par les pieds par une meute de chiens de traîneaux sur un chemin de cailloux.


Pour le dernier groupe, Shiny Toy Guns qui se situe dans une ligne « punk cold wave », si vous voyez ce que je veux dire, je préfère me garder de tout commentaires artistiques. J’ai surtout remarqué que le chanteur portait des fameux jeans noirs hyper cintrés sur les mollets et les chevilles. Alors je me suis pris à espérer que cela n’annonce pas un retour à la mode de ces pantalons. Parce que, cette période-là des années 80, franchement, je n’en ai pas que des bons souvenirs. Et pas seulement d’un point de vue vestimentaire, je parle aussi de musique.

medium_P1010845.2.jpgC’est en me faisant cette réflexion que j’ai alors aperçu le batteur. Et sa ressemblance avec un ancien participant de la Star Ac’- en version gothique - m’a tellement sauté aux yeux, que je me suis dit que j’avais trop bu et qu’il était temps de rentrer.

David Carzon

10:50 Publié dans Ma vie au midem | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : midem, musique

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu