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17/02/2007

Duhamel : le mirage de la transparence

Ce qui m’a le plus surpris dans ce qu’on peut appeler l’affaire Duhamel, c’est le soutien quasi-général dont le chroniqueur a fait l’objet. Du côté des journalistes, c’est le genre de réflexe corporatiste qui me m’étonne guère. Mais même la blogosphère a pris la défense de l’éditorialiste au nom d’un nouveau concept immaculé : la transparence. Mais tous ces soutiens s’appuient sur deux arguments totalement aberrants.



1) Il faudrait que tous les éditorialistes fassent leur coming-out politique


- Et pourquoi pas qu’ils affichent leurs préférences sexuelles aussi ? Voici typiquement le genre d’idées faussement démocratiques. Si tous les éditorialistes affichaient leur opinion, le débat politique serait-il plus clair ? Bien sûr que non malgré ce que de nombreux blogueurs affirment. Le public sera toujours tenté d’appliquer une grille de lecture basée sur la conviction personnelle qu’il connaît de l’intervieweur ou qu’il croit connaître. Avant, quand on se doutait simplement que Duhamel était à droite, tout le monde trouvait qu’il se comportait de la même manière avec tous les hommes politiques (je parle de la forme, pas forcément du fond). Maintenant qu’on sait qu’il a envie de voter Bayrou, on ne pourra plus avoir cette impression même si lui se comporte exactement pareil. Où est la transparence dans tout ça ? Qui est gagnant ?


- Duhamel annonce en novembre qu’il va voter Bayrou. Et aujourd’hui, qu’en pense-t-il ? Il s’est passé près de quatre mois, il y a eu la primaire socialiste, la désignation du candidat de l’UMP... A-t-il changé d’avis comme cela arrive à tout le monde au cours d’une campagne électorale ? La transparence imposerait qu’il étale ses états d’âme, ses revirements, ses doutes. Ce qui implique une chose : une interview politique serait donc interprétée, non pas en fonction des réponses de l’interviewé, mais en fonction de ce que pense l’intervieweur au moment même  de l’entretien.


- Reprenons ensuite le contexte dans lequel cette vidéo a été diffusée. Ce sont les jeunes UDF à l’origine de l’enregistrement qui l’ont eux-mêmes mise en ligne pour afficher un soutien de poids à Français Bayrou. Il s’agissait donc pour eux d’un argument à valeur électorale, cela n’a donc rien à voir avec une notion de transparence. C’était : « Bayrou, il est bien, même Duhamel le soutient ». L’engagement d’un éditorialiste ne peut pas se faire sans récupération.


- Et puis dernière chose, imaginez qu’un éditorialiste ou intervieweur politique annonce qu’il vote Le Pen. Quelle serait la réaction de tous ceux qui disent que cela ne les dérange pas que Duhamel interviewe Bayrou après son coming-out politique, qu’ils préfèrent même le savoir ? Quelle serait leur réaction si ce journaliste pro-lepéniste interviewait Le Pen dans une émission en prime-time ? Auraient-ils le même raisonnement ? Je n’en suis pas vraiment sûr.



2) Tous les autres éditorialistes ne cachent guère leur opinion politique, alors pourquoi virer Duhamel


- La vraie question est : pourquoi ne pas virer tous les autres ? En réalité, c’est bien tout le système qu’il faut revoir. Déjà, en 2005, le référendum sur le traité constitutionnel avait montré le fossé qui s’était creusé entre les éditorialistes d’une part et les lecteurs-téléspectateurs-citoyens-électeurs d’autre part. Le système est vicié et n’a plus de raison de subsister. Il faut revenir à quelque chose de plus sain.


- Je le sais d’expérience, tous les journalistes qui suivent Sarkozy, ne sont pas forcément pro-sarko. Ils font leur boulot le mieux qu’ils peuvent. On reproche par exemple au journal Le Monde d’être Sarkocompatible, mais c’est un des journalistes du quotidien du soir qui suit le candidat au quotidien qui vient de sortir les problèmes de chiffrage du programme de Sarkozy, affaire qui pourrait se révéler ennuyeuse pour lui. Le problème ne se situe donc pas tant à ce niveau-là. Il suffirait que les journalistes tournent un peu plus sur les rubriques pour empêcher toute connivence et tout irait un peu mieux.


- Alors que faut-il faire ? Une solution utopique : que les patrons de presse prennent leur distance face au pouvoir politique en arrêtant de leur faire du pied. Une solution plus pragmatique : supprimons les éditorialistes qui ne reflètent rien d’autre qu’eux-mêmes. Remplaçons-les par des chercheurs, des penseurs, des philosophes... Je ne parle pas des Glucksmann, des Finkelkraut, BHL et autres Minc. Non je pense à de vrais intellectuels, des gens moins connus qui ont une expertise, une pensée, des raisons de partager leur savoir. Des gens engagés peut-être mais qui nourrissent le débat au lieu de l’accaparer et de le faire tourner en rond.


David Carzon


 
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