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17/03/2007

Guillaume sort du rang et ferait mieux d’y rester

J’en ai encore les poils hérissés sur les bras. Le fautif : Guillaume Durand qui était interviewé dans l’émission + Clair ce midi sur Canal +. Quand il parle de livres, ce type est déjà insupportable. Mais quand en plus, il vient donner des leçons de déontologie à tout le monde, c’est comme si Jean-Marie Le Pen faisait une thèse sur la fraternité.

Invité à réagir sur l’éviction de Duhamel après sa prise de position pour François Bayrou, Durand s’en est pris violemment et personnellement à l’« éditeur-éditorialiste-blogueur » Guy Birenbaum. Mélangeant coupe-choux et les bœufs-carottes, et se faisant le tenant d’une morale journalistique qui ne lui sied guère.

Je passe sur l’attaque personnelle qui voudrait que Birenbaum s’en soit pris à Alain Duhamel pour faire chier son frère Patrice, un des pontes de France 2. Birenbaum est le mieux placé pour répondre à cela.

Non, moi, ce qui me hérisse surtout, c’est qu’on ait laissé croire durant tout le passage de l’émission que c’est Birenbaum qui est à l’origine de la diffusion de cette vidéo. C'EST FAUX ET ARCHI-FAUX. Il faut rappeler que cette vidéo a été diffusée en premier lieu, par les jeunes UDF eux-mêmes, pour justement faire connaître le soutien de l’éditorialiste multi-cartes à François Bayou. Dans un souci donc électoraliste, sauf que ce soutien s’est retourné contre son auteur. Cette vidéo est restée confidentielle jusqu’à ce que Birenbaum la diffuse sur son blog qui n'a été qu'un accélérateur. Et je vous invite à aller voir la note originelle de Birenbaum qui est très prudente, pas vengeresse.

Donc voilà Durand et consorts qui disent que sur les blogs, on peut faire et dire n’importe quoi, qu’il n’y a pas de déontologie. Et eux, parce qu’ils travaillent à la télévision, disent justement n’importe quoi, travestissent la vérité, transforment les faits à leur sauce, sans se soucier de savoir si ce qu’ils disent est vrai ou pas. Ils font exactement la même chose que ce qu’ils dénoncent.
Puant. A gerber.

Sur les blogs justement, on ne peut pas dire n’importe quoi. Parce que vous êtes généralement repris de volée. Durand qui dit une énormité à la télé, qui va le reprendre en tems réel si le journaliste en face ne connaît pas son dossier ? Personne.

Guillaume Durand au fait, vous voyez qui c’est ? C’est ce journaliste qui un jour, sur la 5 de Berlusconi, avait assuré avoir la preuve que l’actrice Pauline Laffont était toujours en vie. Vous allez me dire, c’est du passé, on fait tous des boulettes, des conneries. Vous allez me dire que même Bernadette Lafont lui a pardonné. Je veux bien. Je trouve juste dommage que cela ne lui ait pas appris l’humilité.

David Carzon

07/03/2007

Duhamel-Drucker-Schonberg-Theuriau : quatre poids, deux mesures

C’est une honte pour la démocratie. Pour la France même.

Alors qu’on demande à Alain Duhamel, le plus pertinent des éditorialistes - oui, celui-là même qui avait oublié de parler de Ségolène Royal dans son livre sur les prétendants à l’Elysée - de la mettre en veilleuse le temps de la campagne parce qu’il a déclaré sa flamme électorale à Bayrou.

Alors qu’on impose à Marie Drucker et Béatrice Schonberg de mettre entre parenthèse la présentation des journaux télévisés parce qu’elles se sont mises à la colle avec des hommes politiques de premier plan.

Alors que la suspicion est générale sur l’intégrité des journalistes, il y  en a une à qui l’on demande rien : Mélissa Theuriau.

Et pourtant, dans son édition de lundi, l’hebdomadaire de mécanique quantique Voici a révélé que la recrue de M6 partageait sa vie avec un jeune humoriste né à Trappes qui a joué dans Astérix ou Indigènes, mais dont je ne peux pas donner le nom sous peine de poursuites judiciaires pour atteinte à la vie privée. Encore un nouvel exemple de collusion entre les médias et le pouvoir.

Et pourtant, Mélissa Theuriau va continuer de présenter Zone Interdite comme si de rien n’était. Personne ne se demande si elle pourra conserver son objectivité en interviewant un Laurent Gerra ou une Anne Roumanoff. L’émission pourra-t-elle encore aller creuser là où ça fait mal quand elle traitera des sujets sur la génération montante des comiques français, le cinéma hexagonal, les banlieues, la place des immigrés en France, Zinédine Zidane, Nicolas Anelka ou encore les nouveaux riches, puisque son amoureux est une figure emblématique de tous ces thèmes de société ?

La question est posée. Elle est grave.

David Carzon

17/02/2007

Duhamel : le mirage de la transparence

Ce qui m’a le plus surpris dans ce qu’on peut appeler l’affaire Duhamel, c’est le soutien quasi-général dont le chroniqueur a fait l’objet. Du côté des journalistes, c’est le genre de réflexe corporatiste qui me m’étonne guère. Mais même la blogosphère a pris la défense de l’éditorialiste au nom d’un nouveau concept immaculé : la transparence. Mais tous ces soutiens s’appuient sur deux arguments totalement aberrants.



1) Il faudrait que tous les éditorialistes fassent leur coming-out politique


- Et pourquoi pas qu’ils affichent leurs préférences sexuelles aussi ? Voici typiquement le genre d’idées faussement démocratiques. Si tous les éditorialistes affichaient leur opinion, le débat politique serait-il plus clair ? Bien sûr que non malgré ce que de nombreux blogueurs affirment. Le public sera toujours tenté d’appliquer une grille de lecture basée sur la conviction personnelle qu’il connaît de l’intervieweur ou qu’il croit connaître. Avant, quand on se doutait simplement que Duhamel était à droite, tout le monde trouvait qu’il se comportait de la même manière avec tous les hommes politiques (je parle de la forme, pas forcément du fond). Maintenant qu’on sait qu’il a envie de voter Bayrou, on ne pourra plus avoir cette impression même si lui se comporte exactement pareil. Où est la transparence dans tout ça ? Qui est gagnant ?


- Duhamel annonce en novembre qu’il va voter Bayrou. Et aujourd’hui, qu’en pense-t-il ? Il s’est passé près de quatre mois, il y a eu la primaire socialiste, la désignation du candidat de l’UMP... A-t-il changé d’avis comme cela arrive à tout le monde au cours d’une campagne électorale ? La transparence imposerait qu’il étale ses états d’âme, ses revirements, ses doutes. Ce qui implique une chose : une interview politique serait donc interprétée, non pas en fonction des réponses de l’interviewé, mais en fonction de ce que pense l’intervieweur au moment même  de l’entretien.


- Reprenons ensuite le contexte dans lequel cette vidéo a été diffusée. Ce sont les jeunes UDF à l’origine de l’enregistrement qui l’ont eux-mêmes mise en ligne pour afficher un soutien de poids à Français Bayrou. Il s’agissait donc pour eux d’un argument à valeur électorale, cela n’a donc rien à voir avec une notion de transparence. C’était : « Bayrou, il est bien, même Duhamel le soutient ». L’engagement d’un éditorialiste ne peut pas se faire sans récupération.


- Et puis dernière chose, imaginez qu’un éditorialiste ou intervieweur politique annonce qu’il vote Le Pen. Quelle serait la réaction de tous ceux qui disent que cela ne les dérange pas que Duhamel interviewe Bayrou après son coming-out politique, qu’ils préfèrent même le savoir ? Quelle serait leur réaction si ce journaliste pro-lepéniste interviewait Le Pen dans une émission en prime-time ? Auraient-ils le même raisonnement ? Je n’en suis pas vraiment sûr.



2) Tous les autres éditorialistes ne cachent guère leur opinion politique, alors pourquoi virer Duhamel


- La vraie question est : pourquoi ne pas virer tous les autres ? En réalité, c’est bien tout le système qu’il faut revoir. Déjà, en 2005, le référendum sur le traité constitutionnel avait montré le fossé qui s’était creusé entre les éditorialistes d’une part et les lecteurs-téléspectateurs-citoyens-électeurs d’autre part. Le système est vicié et n’a plus de raison de subsister. Il faut revenir à quelque chose de plus sain.


- Je le sais d’expérience, tous les journalistes qui suivent Sarkozy, ne sont pas forcément pro-sarko. Ils font leur boulot le mieux qu’ils peuvent. On reproche par exemple au journal Le Monde d’être Sarkocompatible, mais c’est un des journalistes du quotidien du soir qui suit le candidat au quotidien qui vient de sortir les problèmes de chiffrage du programme de Sarkozy, affaire qui pourrait se révéler ennuyeuse pour lui. Le problème ne se situe donc pas tant à ce niveau-là. Il suffirait que les journalistes tournent un peu plus sur les rubriques pour empêcher toute connivence et tout irait un peu mieux.


- Alors que faut-il faire ? Une solution utopique : que les patrons de presse prennent leur distance face au pouvoir politique en arrêtant de leur faire du pied. Une solution plus pragmatique : supprimons les éditorialistes qui ne reflètent rien d’autre qu’eux-mêmes. Remplaçons-les par des chercheurs, des penseurs, des philosophes... Je ne parle pas des Glucksmann, des Finkelkraut, BHL et autres Minc. Non je pense à de vrais intellectuels, des gens moins connus qui ont une expertise, une pensée, des raisons de partager leur savoir. Des gens engagés peut-être mais qui nourrissent le débat au lieu de l’accaparer et de le faire tourner en rond.


David Carzon


 
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