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04/09/2007

Les lois de l'attraction Universal

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À lire la presse ou la pub en ce moment, j’aurais presque eu envie de filer aux maisons de disque mon argent de poche, mon plan épargne-logement et le fric que j’avais mis de côté pour mes obsèques. Auraient-elles enfin compris que le numérique peut être un outil supplémentaire pour la diffusion, même sonnante et trébuchante, de la création et non juste une chienlit qui les oblige à repenser un business model qui crachait si bien qu’elles ne voulaient surtout pas y toucher ? Euh, non, pas tout à fait encore quand on y regarde de plus près.

[A ce propos, les Rita Mitsouko expliquaient récemment que leur maison de disques ne voulait pas se faire chier à en vendre quelques milliers d’exemplaires à l’étranger alors qu’elles en vendaient 200 000 en France. Maintenant, les majors seraient prêtes à tuer père et mère pour 2000 albums vendus dans n’importe quel pays même totalitaire.]

D’après Le Parisien, « la nouvelle vague perce sur internet », citant les exemples de Kenza Farah, de Koxie ou de Yelle. Selon le quotidien, les maisons de disques piocheraient sans vergogne dans cet immense réservoir à talents qu’est internet.Bon, déjà, j’aurais à redire sur la qualité des exemples proposés par le journal. Mais bon, ça, c’est personnel. Surtout, j’ai tendance à croire que de toute façon, ces trucs-là seraient sortis. Les majors ont le chic pour dénicher le one-shot qui se viandera au second album. Et ce n’est pas parce qu’on essaie de percer sur internet qu’il n’y a pas un producteur futé derrière.

Surtout, il y a l’offre, alléchante sur le papier, lancée par Neuf Cegetel et son alliance avec le grand méchant Universal. L’idée général, c’est quand quand tu payes ton abonnement mensuel pour ta NeufBox et bien t’as le droit de télécharger toute la musique de la terre. Euuh non, ça, c’est qu’on voudrait nous faire croire. Car au bout du compte, tu auras le droit à une petite partie du catalogue d’Universal et il faudra rajouter quelque 5 euros par mois pour accéder au répertoire entier. Tant mieux pour ceux qui aiment Tokio Hotel. Tant pis pour les autres.

On peut dire qu’Universal a réussi son coup : faire croire au grand public qu’avec cette offre, le téléchargement illimité et légal devenait aussi intéressant et aussi peu cher, c’est à dire gratuit, que le piratage.

L’autre soir, j’entendais une conversation dans la rue :

« T’as vu, maintenant avec l’abonnement internet, tu peux télécharger ce que tu veux.

- Ouais mais tu payes...

- Non, même pas, je te dis que c’est dans ton abonnement. C’est comme si tu piratais, mais légalement. »

Voilà. Et quelqu’un lui a dit à ce monsieur qu’il ne possédera plus les morceaux s’il ne paye plus l’abonnement et que ce n’est pas compatible avec l’Ipod ? Quelqu’un lui a dit qu’il ne faisait que louer des morceaux de musique comme on loue une voiture ? Ce n’est pas que ce modèle soit culturellement moins noble qu’un autre, c’est surtout que les consommateurs n’ont pas vraiment conscience de la nature de leur engagement.

Ami lecteur, à lire ce qui précède et ce qui suit, tu vas me dire que je dois en vouloir à Universal. Mais comme d’habitude, je vais trouver de bonnes réponses à tes questions à la con. D’abord, Universal est la maison de disques la plus importante et la plus active en ce moment. Normal donc qu’on scrute à la loupe ses faits et gestes. Ensuite, c’est souvent elle, par l’intermédiaire de son gourou Pascal Nègre, qu’on a vue monter au créneau pour défendre le métier et lutter contre l’idée d’une licence légale par exemple. Enfin, ne me dis pas que toi non plus, tu n’as pas esquissé un petit sourire jouissif en voyant Pascal Nègre se faire huer par le public de Star Ac’. Alors que bon, quand on y réfléchit bien, c’est plutôt classieux de se mettre à dos une nuée d’ados hystériques du genre à voir en Mylène Farmer, un Verlaine des temps modernes. Et pourquoi pas donner le prix Goncourt à Sarkozy pour son livre « Ensemble » ? Ou à Yasmina Réza pour son livre « Ensemble » ?

Universal n’a jamais été en aussi bonne posture pour inverser un rapport de forces en sa défaveur jusqu’ici. En défaveur d’une part, parce que les échanges rendus possibles par le haut-débit et certains outils comme les réseaux P2P ont bouleversé les rapports entre les maisons de disque et les consommateurs. En défaveur d’autre part parce qu’Itunes a mis la main sur la vente de titres en ligne à ses conditions.

Ce qui a changé, c’est l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy qui a toujours soutenu les stratégies des maisons de disques. Ce qui a changé également, c’est la position de plus en plus dominante occupée par Universal par rapport à ses concurrents : 37 % de parts de marché. Si on parlait en degré, on pourrait dire que la major est à bonne température. Cette domination lui permet de tenter d’imposer sa vision de choses, de verrouiller le marché et d’imposer ses lois commerciales. Bref, de reprendre la main sur l’Itunes d’Apple, avec lequel Universal vient d’ailleurs de renégocier son contrat.

C’est aussi le bon moment parce qu’on a tellement rebattu les oreilles du consommateur avec les dangers du téléchargement illégal que celui-ci est près à sauter sur n’importe quelle offre qui ressemblait de près ou de loin à du téléchargement illimité mais légal. D’où l’offre avec Neuf Cegetel qui arrive à point nommé.Un autre bras de fer a également cours avec ceux qui voudraient imposer un autre modèle économique ou non. Si Deezer (ex blogmusik), allié avec Free, a décidé de se ranger et a trouvé un accord avec la Sacem pour rétribuer les auteurs, Universal a déjà fait savoir qu’elle ne permettrait pas l’exploitation de son catalogue sur ce site en streaming.

Une attitude un poil revancharde de la part de la maison de disques. Alors que depuis des années, tous les acteurs de la filière musicale demandent aux vilains petits canards comme Deezer de se mettre en conformité, quand ils le font, on leur ferme la porte au nez. Pas très fair-play. Mais bon, dans les manuels du parfait petit chef d’entreprise illustré, dont le célèbre « Parisot la monnaie », le mot fair-play est traité dans la rubrique « Ce qui ne sert à rien ».

David Carzon

10/05/2006

Paroles, paroles, paroles

Bon, oui, d’accord, Blog Party était un peu en sommeil ces derniers temps. Mais là, même si je suis débordé de boulot, même si je ne vois plus voir femme(s) et enfant(s?), même si je ne dois plus dormir ou manger, je ne peux pas laisser passer ça.

Pour ceux qui ne l’auraient pas vu, mardi soir, les sénateurs ont limité la portée du principe de l'interopérabilité inscrite dans le projet de loi sur le droit d'auteur tel qu'il avait été adopté par les députés en première lecture. Cette interopérabilité, unique mesure qui contentait les internautes-consommateurs-citoyens dans un texte de loi consacrant l’utilisation des verrous techniques de protection pour contrôler l’usage des œuvres numériques.

Le ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabre s'est ensuite félicité du « travail remarquable » des sénateurs qui ont « clarifié » les dispositions votées par les députés.

Alors je ne sais pas vous, mais moi, avec cette petite phrase, je le vois venir gros comme une maison. Je m’explique : en mars dernier, lors du débat à l’Assemblée, RDDV avait promis une seconde lecture du projet de loi si le texte voté par les sénateurs était différent de celui voté par les députés. Et ce sera forcément le cas puisque la notion d’interopérabilité n’est pas dans la même dans les deux chambres.

Or là, si le ministre commence à dire que le texte a été amélioré, il y a fort à parier qu’il n’y aura pas la seconde lecture promise. Et le pire, c’est que ça ne va surprendre personne.

David Carzon

03/04/2006

Stopdrm joue à actions et vérités

Chose promise, chose due. Le collectif a continué la semaine dernière ses actions pour informer sur les dangers des DRM (Digital Rights Management), ces verrous numériques qui permettent de limiter les copies des CD et qui ont été largement légalisés par la loi sur les droits d’auteur.

Cette fois-ci, je n’ai pas pu y assister (j’avais un mot d’excuse de mon médecin pour cause de crise de CPE), mais ce collectif de citoyens, de consommateurs et d’internautes a fait un compte-rendu (enrichi de commentaires) sur son site.

Après une première action dans le style de la première à la Fnac Bastille jeudi soir, les membres de Stopdrm ont changé et de cible, et de type d’actions. Samedi après-midi, ils ont inflitré Virgin sur les Champs-Elysées pour glisser des flyers d'explications dans les rayonnages. On imagine la surprise du client lambda venu acheter le dernier Lorie (je dis Lorie au hasard). La prochaine fois, j’essayerais d’y être rien que pour voir ça.

David Carzon

 
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