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28/02/2006

Rencontres du 3ème type

Ce soir et demain, des rencontres entre artistes, cinéastes et des députés sont organisées sous la houlette de Jean-Louis Debré, président de l’Assemblée nationale. Des rencontres fermées au public et à la presse où sera discuté le projet de loi sur les droits d’auteur qui revient à l’Assemblée la semaine prochaine.

Outre le fait qu’aucune association d’internautes ou de consommateurs n’ait été conviée pour donner leur point de vue – on a un peu l’impression que tout est joué d’avance – la liste des invités représentants le monde de la musique mercredi midi laisse songeur : Charles Aznavour, Jean-Jacques Goldmann, Jean-Michel Jarre, Françoise Hardy, Enrico Macias, Pierre Perret, Thomas Fersen, Kyo, Amel Bent, Hubert-Félix Thiefaine, Alain Chamfort, le groupe Passy, Johan Ledoux et Laurent Petitgirard.

Encore plus étrange : un nom revient à plusieurs reprises depuis que des députés frondeurs ont fait voter le principe de la licence globale en décembre : celui de Jean-Jacques Goldmann. Il était déjà du voyage lorsque Nicolas Sarkozy avait rencontré d’éminents représentants de la musique, d’internet et de la blogosphère (à lire le très bon papier de Chryde : http://www.chryde.net/blog/2006/01/voil_ce_fut_lon.html ).

JJG est un des rares artistes à ne pas avoir ses titres diffusés sur les plateformes légales et payantes. C’est son droit de ne pas vouloir faire sa révolution numérique. Mais alors que représente-t-il hormis la caste de « ceux ne veulent pas que ça change parce qu’on profite bien du système » ? JJG reste un artiste à la marge... commerciale.

David Carzon

26/02/2006

Droits d'auteurs : de la hauteur bordel

Dans une petite semaine, le projet de loi sur les droits d’auteurs revient à l’Assemblée. DRM, licence globale, répression des pirates, cadeau aux majors, artistes spoliés… finalement, ce sont des discussions déjà entendues mille fois qui vont reprendre. Avec la désagréable impression qu’avec tout ce battage, on est en train de passer à côté du vrai débat : comment la création peut se servir d’internet pour trouver de nouvelles voies de diffusion ?

Une partie du public, des artistes et des internautes a déjà pris de la hauteur. La preuve la plus connue s’appelle aujourd’hui Artic Monkeys, quatre branleurs de Sheffield qui ont diffusé gratuitement leur musique sur le net pour se faire connaître. Ce qui ne les a pas empêchés de vendre un million d’exemplaires de leur album en moins de trois semaines. Comme quoi les deux ne sont pas incompatibles, même s’il s’agit pour le moment d’une exception.

Pour un groupe, internet n’est pas non plus la voie royale. Et pour se faire connaître, il faut user de toutes les ficelles existantes, dans les deux mondes, matériel et immatériel. Prenons un (excellent) groupe écossais peu (encore) connu : Fuck-Off Machete.

Deux garçons, une fille, et plein de possibilités de faire de la très bonne noisy-pop pour ceux que ça intéresse. Le groupe utilise bien sûr internet pour percer. On le retrouve sur de nombreux blogs ou sur sites, surtout écossais, il a son propre site http://fomachete.com. Ce n’est pas suffisant, les bons vieux outils sont parfois aussi efficaces. En venant au Midem à Cannes en janvier, Natasha Noramly, chanteuse et bassiste, a rencontré les gens d’une maison de disques australienne, Jam Recordings. Coup de foudre réciproque et résultat : le groupe ira faire une tournée en Australie et en Nouvelle-Zélande cette année. On attend la même chose pour la France.

On le voit, pour toucher le grand public internaute, utiliser internet comme un outil de promotion, c’est comme jeter une bouteille dans l’océan. Alors on voit fleurir sur nos fenêtres d’ordinateur de plus en plus de sites, d’annuaires, de moteurs de recherches, de webzines, de blogs mp3 qui font ce travail de recherche, de découverte de collecte et de partage. En France, des noms comme la blogothèque www.blogothèque.net, jamendo , lestéléchargements www.lestelechargements.org - à ne pas confondre avec le site lancé par le ministère de la Culture – Musique Fluctuat http://musique.fluctuat.net/blog sont devenus des références. Ou des outils indispensables.

Le débat sur les droits d’auteur ne peut plus se limiter à deux options : je diffuse mon œuvre gratuitement ou je fais payer. Les artistes peuvent trouver de nouvelles voies de diffusion, des chemins de traverse, pour concilier diffusion et respect des droits de chacun, comme la licence Creative Commons ou le label Magnatune. L’avenir est plutôt à chercher de ce côté-là.

David Carzon

23/02/2006

Licence to kill

Après une première victoire inattendue fin 2005, les partisans de la licence globale ne doivent plus se faire beaucoup d’illusions. Mardi dernier, la conférence des présidents de l’Assemblée nationale a décidé que la loi sur les droits d’auteurs serait de nouveau discutée par les députés du 7 au 9 mars prochain. Cette décision ne représente pas qu’une simple croix sur un calendrier. En effet, à droite, on a tout fait pour éviter de répéter le couac de décembre.
Petit retour en arrière. Fin décembre, le ministre de la Culture présente à l’Assemblée, un projet de loi sur les droits d’auteurs et droits voisins dans la société de l’information (DADVSI). Il ne devait s’agir que de la transposition technique d’une directive européenne (qui traîne dans les cartons depuis trois ans) pour adapter les droits d’auteurs à l’ère du numérique. Sauf que d’un côté le ministre voulait en profiter pour y placer des mesures censées lutter contre la piraterie sur les réseaux peer to peer. Et de l’autre, les partisans de la licence globale voulaient en profiter pour instaurer ce système qui permettrait de télécharger légalement films et musique en échange d’une redevance, comme un supplément sur le forfait d’accès à internet.
Un peu trop sûr de son coup, le ministre s’est pris la porte en pleine poire. Approche des vacances de Noël, manque d’explications sur un texte complexe, ou même présence dans l’Assemblée de l’industrie du disque pour faire une démonstration des plateformes légales… tout cela a fait qu’une poignée de députés frondeurs a pu faire voter deux amendements (un PS, un UMP) instaurant le principe d’une licence globale. Pour l’instant, ce n’est que le principe qui a été adopté. Il faudrait encore voter au moins une quinzaine d’amendements pour que cette licence globale soit possible. Mais le coup de semonce a créé une panique telle que le gouvernement a préféré retirer le texte.
Depuis le début de l’année, les négociations et le lobbying ont été acharnés pour convaincre les députés de la majorité de voter le texte proposé par le ministre de la Culture et légèrement amendé depuis par le Premier ministre pour en assouplir le contenu (on ne charge plus le téléchargeur occasionnel, on renforce le principe de la copie privée et on veut forcer l’interopérabilité entre les plateformes payantes). Chez les députés UMP, on ne voulait pas voir réapparaître le projet de loi sans un accord global garantissant un vote sans surprise. Il y a fort à parier que si aujourd’hui, l’examen du texte est programmé, c’est qu’un accord a été trouvé et que le projet de loi devrait passer tel quel. Sans licence globale.

David Carzon

 
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