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16/07/2007

Muriel

Il y a quelques jours, je suis retourné dans la ville de mes origines, celle où à 5 ans je suis tombé en descendant des marches à vélo parce que je voulais faire comme les grands, sauf qu’eux ils faisaient ça dans un parc sur des grandes marches et non dans un petite escalier donnant sur une porte close, cette ville que j’ai quittée depuis près de seize ans et qui ne me manque guère.


Durant ce séjour, je suis allé faire des courses pour ma mère dans un hypermarché. Le genre d’épopée que me ravit. J’ai toujours peur de rencontrer un ancien copain d’école à qui j’avais promis de donner des nouvelles, promesse que je n’ai pas tenue évidemment. Cet ami d’enfance me raconterait qu’il vient de sortir de prison pour avoir justement défiguré à coups de tessons de bouteille quelqu’un qui lui avait menti.


Arrivé à la caisse, je reconnais, malgré les années, sous les traits d’une femme pas loin d’être quarantenaire, une ancienne jeune fille qui avait provoqué de forts émois chez le jeune homme en devenir que j’étais à l’époque (c’est une phrase qui veut dire que j’avais un cœur d’artichaut, que je tombais amoureux de tout ce que je voyais, mais que les seules beautés que j’effeuillais se trouvaient sur les pages du dernier catalogue automne-hiver d’un leader de la VPC installé à Roubaix). Evidemment comme beaucoup d’autres membres de son espèce féminine, je n’avais pas osé lui parler du trouble qu’elle provoquait chez moi, d’une part parce qu’elle était plus vieille que moi et d’autre part parce ce que j’étais un petit merdeux rougissant au moindre regard insistant, un ado lassant quoi.


Donc, cette jeune damoiselle aux cheveux longs bouclés s’est transformée en femme épanouie aux cheveux longs bouclés. Mais habillée en pute avec le souteneur qui va avec.  Ben oui, parce que les premiers souvenirs émus évanouis, je n’ai pas manqué de remarquer sa jupe ultra-courte noire à pois blancs avec le chemisier assorti à  la même vulgarité, ses chaussures à talons presque sarkozyens, son mec avec le poil qui dépasse de partout autant que le bide et de l’or des poignets jusqu’au cou… Bref, en fait, je n’étais pas du tout son genre. Et depuis le début.


Et là, je me suis demandé ce que Muriel penserait de moi, si c’était elle qui s’était retrouvée derrière moi à une caisse de supermarché. Moi avec femme et enfants, moi avec cette petite bouée que je n’arrive pas à perdre depuis que j’ai arrêté de sponsoriser Philippe et Maurice, moi et mon crâne désormais luisant de vide, moi et mon look H&Méisé… Bref, moi treize ans plus tard.


Bon, arrivé là, tu vas me dire : « C’est qui cette Muriel ? » Et je ne peux pas t’en vouloir puisque c’est moi qui en ai parlé le premier. J’avais qu’à fermer ma gueule aussi, ça m’apprendra à parler de trucs qui me font mal comme si j’avais reçu un javelot dans le dos, bien que ce genre de choses n’arrivent jamais, c’est juste une image.


Muriel, c’est d’abord un regret. Je n’ai pas beaucoup de regret dans ma vie et tant mieux parce que c’est lourd à porter pour quelqu’un qui n’a pas fait musculation première langue. Muriel, c’est une fille que j’ai aimée à la folie sans être capable de lui dire que je l’aimais à la folie. Des fois, après une dizaine de martini-gin, j’essayais bien de lui bredouiller combien j’appréciais être en sa compagnie. Rien à faire, les mots ne sont jamais sortis. Ou alors, j’avais tellement bu que je ne me souvenais plus quelles honteuses explications j’avais pu lui sortir en bavant sur son épaule. Y’a pas à dire, pour draguer les filles, y’a rien de mieux que picoler, ça doit être grave excitant pour une fille d’avoir un pochtron incapable d’aligner deux mots et qui ne se rend même pas compte qu’il lui crache dessus en la draguant.


Y’a même un soir où ivre presque mort, j’avais profité qu’elle s’était absentée aux toilettes pour lui écrire un mot d’amour, le poser à côté de son verre avant de m’enfuir en courant, euuuh pardon en titubant. C’est elle qui m’avait rattrapé dans la rue. La folle. Même ça, je l’ai gâché ensuite.


Bref, tu peux le voir, j’ai été grave à la hauteur et les regrets que je trimballe, ils sont aussi lourds qu’une naine rouge dont la densité devient si importante qu’elle s’enfonce dans l’espace temps pour créer un trou noir (tu peux vérifier si tu veux pour savoir si c’est des conneries ou pas ce que je raconte là). Heureusement que cela n’empêche pas d’être heureux dans une autre vie.


La dernière fois que je l’ai vue Muriel, c’était dans un bar. Elle avait toujours ses yeux, des yeux… Et sa voix, cette voix… J’étais avec ma nouvelle copine d’alors (mais pas ma femme de maintenant), copine qu’elle avait bien regardée de travers quand elle a vu que j’étais avec elle. Muriel regardait des photos. Je me suis approchée d’elle. « C’est quoi ? », je lui ai demandé. « Des photos », elle m’a répondu. Simplement et sèchement. J’ai compris que je ne la mériterais jamais.


Alors aujourd’hui, à cette caisse de supermarché, elle me regarderait en secouant légèrement la tête et se disant : « Ce n’était vraiment pas mon genre. Depuis le début ».

David Carzon

PS : c’est sur cette note mélancolique que je pars en vacances. Démerdez-vous avec pendant un mois.

11/07/2007

Tu veux pas pousser un peu ton cul que je regarde le paysage !!!

Imagine un calendrier Pirelli qui bouge. Tu veux voir ça ? Tu as Direct 8 ? Ton vœu peut être exaucé.


Je fais une parenthèse : oui, lecteur, j’ai décidé de te tutoyer. Ce n’est pas tant qu’avant, je te vouvoyais, mais plutôt qu’il était possible (bon c’est vrai, autant que de chances de gagner au loto) qu’il y ait plusieurs lecteurs en même temps sur ce blog. M’enfin on n’est pas chez Birenbaum, alors autant tutoyer la brebis égarée qui se retrouve ici. Et puis bon, Folie Privée, elle les tutoie depuis toujours ses lecteurs et personne vient la faire chier pour ça (en même temps, faut pas la chier du tout la miss).


Revenons sur le propos initial ô combien essentiel. Entre rediffusions, best-of et autres niaiseries, les patrons de chaîne se demandent comment remplir leur grille de programme. C’est là qu’il faut revenir aux fondamentaux des vacances : du voyage et des beaux paysages qui font rêver le quidam qui reste devant sa télé au lieu d’aller s’éclater au Sénégal.


Ça, c’est pour la détente de l’esprit. Il y a aussi la détente du gland. Celui du cadre dynamique qui passe toute l’année avec un kiki tout rabougri. Oui, c’est un nouveau théorème de la société moderne : plus la pression des actionnaires augmente, plus la pression sanguine baisse dans les corps spongieux. Donc pour une détente – pas graveleuse et un peu classe - du gland il y a la photo de mannequin presque à poil, une expression en voie de disparition tant tout attribut de pilosité est désormais photoshopé.


Et puis voilà que quelques-uns ont eu la lumineuse idée de marier tout ça devant une caméra, le voyage et le mannequin en petite tenue. Là, il faut imaginer la conversation :


-    Moi, je verrais bien un émission de voyages qu’on pourrait vendre aux chaînes de télé pour l’été. Tu vois, de supers destinations, avec des supers paysages de mer, de plages, de montages, de bateaux…
-    Moi, j’aurais plutôt vu un truc avec des bonnasses en bikini au bord de la piscine en train de se oindre le corps de crème solaire, leurs lèvres purpurines se frôlant alors que leurs mains s’égarent et que leurs doigts font des noeuds avec la ficelle du string… ha putain, ça y est, je bande…
-    Voilà, elle est là l’idée, tes filles en bikini, on les met pas au bord de la piscine, mais on les fait voyager, c’est encore mieux si elles font semblant de se tripoter le bouton aux Bahamas, sur un voilier ou devant un volcan en éruption.
-    Arrête c’est moi le volcan en éruption là. Mais elle est top ton idée. On va appeler ça… Bikini Destinations !!!


medium_em2_1181911201.jpgVous croyez que je plaisante ? Et bien non, Bikini Destinations est le programme phare de l’été de Direct 8, cette chaîne de la TNT de Vincent Bolloré (Never Mind The Bolloré, diraient les Sex Pistols aujourd’hui), qui représente à la télé ce que les Charlots étaient pour le cinéma.


medium_images.2.jpegGrâce à Direct 8, vous pouvez donc admirer de superbes créatures offrant leur croupe huilée aux récifs coralliens. Ça a quand même une autre gueule que la migration des animaux sauvages dans les plaines du Serengeti… Y’a pas à dire : entre un gnou qui se gratte le dos contre un arbre et deux blondes qui se frottent devant un palmier, le choix est vite vu.


David Carzon

10/07/2007

Même pendant l’été, il faut que le concours

Que faire de son blog durant l’été ? Voilà une question qu’elle est bonne. Ce truc qui t’accompagne toute l’année, au boulot ou chez toi, devient vite un boulet, la migration estivale étant venue. Imaginez l’angoisse du blogueur qui s’est construit, notes après notes, une audience quotidienne d’au moins 20 lecteurs uniques par jour (ouaaaahhhh) et qui voit en quelques jours, son filon s’effilocher à la faveur de l’été. Comment partir sereinement en vacances quand on sait qu’à la rentrée, il faudra attirer le chaland avec autre chose que les photos de vacances de maman sur la plage (sauf elle fait du seins nus).


Histoire d’évacuer la question personnelle, moi j’ai trouvé la solution : je pars dans un coin plus que paumé où les habitants pensent que le wifi est un chien japonais tellement petit qu’il peut uriner au pied d’un bonzaï. Dès lors, l’équation est simple : pas possible de se connecter, pas besoin de se faire chier…


Alors, vous allez me dire que je pourrais préparer des notes d’avance en programmant leur publication au fil des semaines. Mais moi je vais vous répondre que je n’ai pas que ça à foutre. Déjà que pour pondre une à deux notes par semaine, il faut que je sacrifie ma vie de famille et que si un jour ma fille me reproche d’avoir préféré mon clavier d’ordinateur au lieu de l’aider à construire sa vie, c’est pas vous qui allez devoir lui expliquer que putain, c’est pour elle que j’ai fait tout ça, pour qu’elle soit fière de son papa, pour qu’elle puise à ses copines dans la cour d’école « ouais mon père aussi il a un blog avec plein de gens qui viennent que pour le lire lui ».


Cette année, une nouvelle tendance voit le jour pour tenir le lecteur en haleine, notamment pendant les moments de creux : le concours. On trouve par exemple un blind test pointu organisé par l’excellent et parnurgeophobe Hervé Resse ou un Secret Story version blogueurs (si ça peut vous aider, je crois savoir que dans le lot, il y a un qui est né avec le gène de la connerie, un peu comme dans la série Heroes, il a un super-pouvoir qui lui permet de faire ricaner les gens avec des blagues qui ne feraient pas rire si c’était quelqu’un d’autre qui les disait, je ne sais pas si c’est clair, mais moi je me comprends…). Le débutant Loïc Le Meur donne dans la blogakademy, concours du meilleur blogueur avec bon d’achat et Nokia à gagner à la clé (c’est beau une société du mérite). Sans oublier un garçon comme Mry qui organise régulièrement des concours, dont un en ce moment qu’on pourrait appeler « Ta gueule de traviole ». Et toute l’année, une jeune et fraîche damoiselle questionne ses visiteurs pour deviner si elle se couchera à 3 h du matin ou à 6 h du matin, si elle rentrera de soirée éméchée ou torchée, si elle mettra cette petite robe Courrèges qui lui va si bien ou ce jean qui lui fait un cul tout plat, ou encore combien de cystites elle aura dans le mois.


Qu’il se prenne au sérieux ou pas, le concours reste une arme à double tranchant car tributaire du nombre de joueurs et de leur assiduité. Moi, je fais mettre en place celui du blogueur le plus en vacances. Que mes lecteurs (mon lecteur ?) qui m’aiment (m’aime ?) me suivent (suive ?).

David Carzon 

12:27 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : blog, concours, été, vacances

 
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