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20/12/2006

Il est mouru François Bayrou

(Tout est presque faux, mais tout aurait pu être presque vrai) 

 

François Bayrou a été retrouvé mort samedi matin, à son domicile du Béarn, la télé encore allumée, la télécommande à la main. Ce qui met fin de manière tragique à l’expérience douloureuse qu’était en train de mener le leader centriste [NDLR, ça fait toujours drôle d’écrire “leader centriste”, comme si l’addition de ces deux mots était irréaliste, incongrue, anormale…].

En effet, depuis plusieurs mois qu’il râlait contre la mainmise exercée par les candidats PS et UMP sur les médias traditionnels, le député béarnais avait voulu comprendre le fonctionnement de la matrice médiatique. Alors plutôt que d’essayer d’avoir la même place que les autres sur les plateaux de télé à grands coups de gueule, François Bayrou s’est téléporté de l’autre côté de l’écran en se mettant à la place de la ménagère de 50 ans.

Pour cela, il s’est exilé dans sa région natale afin de perdre tous ses tics parisiens : finie la lecture de 20 Minutes et du Parisien pour connaître les véritables préoccupations des lecteurs et des citoyens, finie la lecture du Figaro, du Monde, de l’Express ou du Point pour connaître les préoccupations des hommes politiques, finie la lecture de Libération pour connaître les préoccupations des hommes et des femmes de gauche propriétaires de leur habitation le long du canal Saint-Martin à Paris, et gagnant plus de 50 000 euros par an… Retour donc à la lecture quotidienne de la presse régionale avec ses faits divers, sa rubrique nécrologique où un nom publié correspond à un abonné en moins pour le journal, ses colonnes ouvertes aux notables locaux. Mais il s’est vite rendu compte que cela ne suffisait pas et qu’il fallait aller plus loin.

Alors pour franchir un nouveau cap, il a endossé les habits de la fameuse ménagère. Avec un salaire de 1700 euros bruts par mois qu’il s’est octroyé sur son compte de campagne, il a trouvé un deux-pièces de 40 mètres carrés dans le centre-ville de Pau et a contracté plusieurs emprunts à fort taux d’intérêt pour pouvoir se meubler et surtout acheter une télévision, élément clé de son expérience.

Car à partir de ce moment, François Bayrou a regardé tout ce qu’il était possible de regarder pour comprendre l’impact des images sur la société. Et la liste est longue de ces émissions qui dessinent le destin de la France : Motus, Derrick, Questions pour un champion, Les Feux de l’amour, Sans aucun doute, La méthode Cauet, le Journal du Hard…

Ce n’était pas encore suffisant alors le patron de l’UDF a voulu s’injecter à la suite, tous les journaux télévisés présentés par Jean-Pierre Pernaut depuis 1987. C’est-à-dire 156 275 minutes de reportages sur le tailleur de pipes de Saint-Claude ou la petite fabrique de fromage à l’ancienne de Savoie.

C’est cela que François Bayrou n’aurait pas supporté puisque selon les premiers éléments de l’autopsie, la vision en continu des journaux lui aurait fait atteindre son seuil critique de temps de cerveau disponible et l’homme ainsi vidé, s’est éteint. Comme si on avait appuyé sur le bouton Off.

 David Carzon 

14/12/2006

Alphabêtisier 3.0

Raffaringard : nom masculin, familier (patois poitevin petipoinséré) Désuet, dépassé, se dit des personnes qui sont retournées dans l’ombre après avoir occupé un temps des fonctions importantes et qui font tout pour faire croire qu’elles sont incontournables. Exemple : « Pour amoindrir la portée des forums de l’union, Sarkozy a eu la bonne idée d’en confier l’organisation et l’animation à un raffaringard. »

Bertrandu : adjectif (lat. lache) Partagé entre deux camps en raison d’intérêts contradictoires, se dit de ceux qui hésitent à s’engager par peur de choisir le mauvais côté. Exemple : « Tu les vois, tous ces ministres qui tremblent à l’idée de dire trop vite dans quel camp ils sont. Regarde le ministre de la Santé, il a beau avoir rejoint le camp Sarko, il reste bertrandu entre sa loyauté pour le Premier ministre et sa volonté d’être bien placé auprès du président de l’UMP. »

Rebsamen : nom masculin inv. (am. bogarde) Se servir de quelqu’un en paravent pour éviter de répondre à une question ou à une demande. Exemple : « Dès que Ségolène lui demande quelque chose, Hollande dit rebsamen à tout. »

U.L.M.P. : nom masculin (sigle de Ultra Lourd Motorisé pour la Présidentielle) Gros engin de conception très complexe, uniquement monoplace qui peut embarquer beaucoup de passagers à condition que ceux-ci se taisent. Exemple : « Aux commandes de son U.L.M.P., Nicolas Sarkozy a réussi à décoller dans les sondages mais depuis qu’il a été pris dans l’ouragan Ségolène, on a l’impression qu’il pilote un peu à vue. »

David Carzon

12/12/2006

Retour en blogs

Puisque ça doit aussi servir à ça un blog, je voudrais faire un retour sur ma série « Blogs » qui est parue la semaine dernière dans 20 Minutes. Des articles qui ont généré plusieurs types de commentaires et de critiques sympathiques ou non (je passe sur les trucs du genre “ça raconte n’importe quoi” sans dire précisément pourquoi). Alors mes réflexions, je les livre ici.

 

Si cette série a eu un effet involontaire, c’est de réveiller la bête qui sommeillait en Chryde. Tout ça à cause d’une petite colonne publiée le premier jour de la série où nous donnions quelques bonnes adresses de blogs. L’adresse du site de Chryde venait en tête de cette blogroll sous le label « Influents » et cette publication a provoqué une réaction presque « gênée » chez l’intéressé. Je cite : « Etrange de monter dans le bus, encore engourdi par la micro-sieste imposée par les tremblements du métro, de feuilleter le 20 Minutes que l'on nous avait tendu quelques minutes auparavant, et de voir son blog cité parmi les "influents" dans une maigre colonne à droite de la page de droite, par un journaliste ami et confrère blogueur estimé. On se dit merci et pourquoi à la fois. On cherche, on invoque, pour soi-même, toutes les raisons possibles, l'amitié, l'estime, la paresse, le clin d'oeil. On en vient même à se demander si le journaliste n'essayait pas ainsi de réveiller ce blog endormi (…) »

 

J’ai déjà répondu à cette note sur le site de Chryde, mais je tiens à repréciser les choses car un commentaire énervé est venu parler de « Renvoi d'acenseur » entre lui et moi. Si j’ai choisi de placer le blog de Chryde dans cette liste, c’est d’abord parce que je le trouve bon. Même si effectivement, il était en sommeil depuis quelque temps. C’est par lui que j’ai découvert les blogs. Bien avant de connaître son auteur personnellement. Et même en sommeil, il y a plein d’archives passionnantes à découvrir pour qui n’a jamais lu un blog. Et depuis, Chryde a pondu deux notes très intéressantes sur les notions d’influence et de listes, appelant les blogueurs à faire une liste qui donne « une image différente de cette blogosphère ». J’en profite pour répéter que notre choix du mot « Influents » dans le journal n’était pas le bon. Il aurait mieux valu choisir celui d’ « Incontournables » comme nous l’avons fait sur 20minutes.fr. Dont acte.

 

Beaucoup ont pu interpréter cette liste comme un classement, ce n’étaient que quelques adresses avec un renvoi sur le site internet de 20 Minutes pour une blogroll beaucoup plus longue. Et bien sûr, il s’agissait d’adresses déjà très connues. Mais ne perdons pas de vue que 20 Minutes est un journal grand public et que parmi nos lecteurs, tous ne sont pas des habitués de la blogosphère. Notre but est de leur faire découvrir ce qui se fait d’intéressante pour qu’ensuite, ils puissent partir eux-mêmes à la découverte de choses nouvelles. C’est aussi dans ce but que sur 20minutes.fr, nous avons ouvert notre blogroll aux lecteurs pour qu’ils puissent l’enrichir de leurs propres découvertes.

 

L’évocation de Loïc Le Meur dans le premier volet de la série a provoqué quelques réactions, notamment chez Monsieur Le Chieur dans une note construite et argumentée qui a retenu mon attention. Et c’est là que je me dis parfois que la formule de 20 Minutes nécessite parfois d’emprunter des raccourcis qui peuvent prêter à des interprétations différentes ce qu’on a voulu écrire. Quand je disais que Loïc Le Meur est considéré comme le blogueur le plus important en France, cela signifiait de la part médias (dont je fais partie), des études d’audiences et d’influence – controversées – sur lesquelles se basent les médias (encore), et d’une partie de la blogosphère. On l’aime ou pas, il irrite ou pas, il séduit ou pas, mais on ne peut nier l’importance – justifiée ou non – qu’a pris ce personnage dans cette bulle. Le quatrième et dernier volet de la série se terminait d’ailleurs par un portrait du personnage (et non de la personne) Le Meur, répondant et allant plus loin que le premier volet qui se voulait simplement une radioscopie.

 

Monsieur Le Chieur a également rebondi sur une petite phrase de Le Meur disant : « Si vous ne bloguez pas, vous n’existez pas. Je crois qu’aujourd’hui l’identité en ligne est plus importante que l’identité réelle ». Cette citation était clairement faite pour provoquer des réactions et elle a atteint son but. On a autant reproché à moi de l’avoir reproduite et à lui de l’avoir prononcée, mais l’intérêt est avant tout de provoquer un débat sur un point qui me semble crucial dans l’importance que prennent ou qu’on donne aux blogs.

 

Mais alors que cette petite phrase a été largement reprise et commentée, le portrait plus complexe de Le Meur qui terminait la série n’a été que peu discuté. Et c’est là où je m’interroge. Ils sont nombreux à bondir sur leurs ergots en reprochant – avec raison parfois - aux médias de tout simplifier et de tout ramener aux mêmes questions et aux mêmes personnes. Et ce sont les mêmes qui commentent sans fin la moindre petite phrase sortie de son contexte. Je suis surpris que le premier volet n’ait pas été relu à la lumière de ce portrait qui me semble éclairant sur bien des points. La blogosphère aurait-elle aussi peu de mémoire que les médias et serait-elle en train de prendre les mêmes travers ? Je ne l’espère pas.

 

Un autre élément m’inquiète. Certains commentaires ont été faits par des personnes ayant lu soit uniquement la version papier, soit seulement la version internet. Par exemple, toujours sur Loïc Le Meur, on nous a reproché de lui avoir donné la parole sans recul en publiant une longue interview sur 20minutes.fr. Sauf que cette interview accompagnait un portrait tout en recul, au titre volontiers provocateur, publié lui dans la version papier. Ces éléments sont complémentaires, ils ne doivent pas s’opposer et être pris séparément sous peine de mauvaises interprétations. Ce qui a été le cas sur certains points pour cette série.

 

Enfin, j’ai reçu beaucoup de mails de gens qui voulaient m’inciter à parler de leur propre blog ou pour me faire part de leur idée « géniale » pour laquelle il faut absolument trouver de l’argent. Pas un seul mail pour me conseiller une adresse sans que ce soit dénué d’intérêt. La blogosphère serait-elle en train de loucher à force de se regarder le nombril ?

 

A votre disposition pour toute discussion ou critique complémentaire.

 

David Carzon

 

PS : à ceux qui s’intéressent au phénomène de la web-TV qui a fait l’objet d’un volet de notre série, allez lire la note prospective de MRY sur le projet Venice. Et jetez un œil également sur la nouvelle plateforme de Gaspanik.tv qui permet notamment d’envoyer des vidéos de Youtube ou de Dailymotion sur un portable.

 
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