Avertir le modérateur

12/03/2006

Il est mouru Renaud Donnedieu de Vabres

(tout est presque faux, mais tout aurait pu être presque vrai)

Il est mouru Renaud Donnedieu de Vabres. Il est mouru alors que son projet de loi sur les droits d’auteur à l’ère du numérique revenait la semaine prochaine, pour la 17ème fois devant l’Assemblée nationale. Le ministre de la Culture ne verra donc jamais cette loi qu’il portait depuis plus de dix ans, votée définitivement par le Parlement.

Renaud Donnedieu de Vabres restera dans les annales pour deux records : celui de la discussion parlementaire la plus longue et celui du ministre le plus longtemps en place. La faute à qui ? La faute à lui. Il faut revenir une décennie en arrière pour comprendre la trajectoire « tout droit dans le mur » de cet ovni de la politique.

En décembre 2005, Renaud Donnedieu de Vabres présente pour la première fois, son projet de loi devant l’Assemblée nationale. Avec le soutien de sa majorité écrasante, cela aurait dû être du tout cuit. Sauf que rien ne va se passer normalement. Le 21 décembre, dans un hémicycle vide, quelques députés frondeurs légalisent le P2P et la licence globale. Premier revers.

En mars 2006, lorsque le projet de loi revient à l’Assemblée, le ministre tente une manipulation procédurale pour revenir sur la légalisation du P2P. C’est le début d’un vote sans fin. Tout ça à cause d’une petite phrase prononcée par le ministre une après-midi du 9 mars : « Dans le cas où des divergences profondes subsisteraient au terme de deux débats sereins à l'Assemblée nationale et au Sénat, le Gouvernement ne limitera en rien le temps de ce débat. » Une phrase lourde de conséquences puisque le Conseil Constitutionnel l’a prise au pied de la lettre en imposant effectivement que députés et sénateurs se mettent d’accord pour valider le texte de loi. Ce qui n’est jamais arrivé.

Résultat : même après la victoire de Lionel Jospin à la présidentielle 2007, Renaud Donnedieu de Vabres a dû être reconduit dans ses fonctions de ministre de la Culture sur ordre du Conseil Constitutionnel pour qu’il puisse mener à bien son texte de loi. A chaque remaniement ou changement de majorité, il a donc été maintenu rue de Valois. Sans toutefois parvenir à faire voter sa loi.

Une autopsie va être pratiquée pour déterminer les causes de la mort. Le corps du ministre a été retrouvé entièrement desséché devant son ordinateur. Les policiers ont déjà une piste. En effet, le ministre avait disparu de la circulation depuis plusieurs semaines, après avoir déclaré à ses collaborateurs : « Je ne sortirai pas de chez moi, je ne lèverai pas le nez de mon ordinateur même pour m’alimenter tant que je n’aurai pas prouvé qu’on trouve autant de morceaux sur les plateformes légales que sur les réseaux P2P ». Ça aussi donc il n’y est pas arrivé.

David Carzon

Commentaires

Merci pour ce premier sourire de la journée :-)

j'ai découvert votre blog hier, je ne regrette pas !...

Écrit par : corsario | 13/03/2006

Bonjour,

Bravo pour cette petit fiction politico-comique.
Pourrez-je utiliser votre texte dans le cadre de la réalisation du 2eme DVD sur le projet de loi DADVSI ?

Pour le 1er DVD terminé et diffusé à près de 100 exemplaires cf http://wiki.framasoft.info/EUCD/DVD2
Pour le 2eme DVD en cours de réalisation cf http://wiki.framasoft.info/EUCD/DVD

Écrit par : Philippe ENTZMANN | 13/03/2006

Philippe,

Vous pouvez l'utiliser à partir du moment où vous ne faites pas d'argent avec. C'est "open bar".
Cordialement
David Carzon

Écrit par : david carzon | 13/03/2006

Piquant et très agréable à lire. Bravo :)

Écrit par : Endy | 14/03/2006

Ca va de mal en pis avec ce qui se passe dans l'assemblée nationale...

http://www.odebi.org/new/theme/accueil.php?a=320

Communiqué de la Ligue Odebi 14-03-2006 :: DADvSI :: rejet de l'amendement 176::La Ligue appelle à la désobéissance civile et à la résistance numérique.

En refusant de voter l'amendement 176 porté par le député Dutoit, qui devait éxonérer les acteurs de santé français de taxes sur les supports numériques au profit des industries de la culture, la majorité de ce pays vient de montrer son vrai visage : celui de parasites méprisant les droits des patients français pour mieux engraisser ces industries dites "culturelles".

Par ce vote d'une stupéfiante putridité, légalisant le racket de notre système de santé, la majorité parlementaire vient d'ôter définitivement toute crédibilité aux discours de victimisation des industries de la culture dont elle soutient les intérêts économiques à n'importe quel prix, fût-ce celui de la santé des français.

Dès lors, la Morale impose la désobéissance civile, et il devient totalement justifié que les français se servent dans les catalogues des industries culturelles, comme elles se servent elles-mêmes dans les caisses des hôpitaux.

ODEBI appelle les internautes à ne plus acheter aucun CD ni DVD, et à copier/downloader massivement par les moyens disponibles actuellement, que nul ne peut sérieusement prétendre supprimer : nul doute que les internautes français sauront organiser la résistance numérique à laquelle le pouvoir aux ordres des lobbies parasites et liberticides aurait dû s'attendre.

La Ligue espère que les français se souviendront des noms des quatre députés présents qui ont eu l'honneur et le courage de voter pour l'amendement 176: Frédéric Dutoit (PC), Jean-Claude Sandrier (PC), Richard Cazenave(UMP), et Bernard Carayon(UMP).[/QUOTE]

Pour en savoir plus et réagir dans le forum Odebi
http://www.odebi.org/new/theme/

Écrit par : Patz | 15/03/2006

Bonne fiction effectivement!
L'intro en italique tellement vrai!
En tout cas je suis ravis de voir qu'il existe encore des journalistes conscients des réalités.
Je vous ai lu dans le 20min 2fois, avant les reprises du débat parlementaire en mars et je n'avais trouvé aucune critique de DADVSI, d'où un catalogage un peut rapide de ma part...(peut être limitations professionnelles...)

Écrit par : Niluge_KiWi | 15/03/2006

Bonsoir Niluge_KiWi,

Merci de votre commentaire. Un retour juste pour vous préciser que mon métier de journaliste à 20 minutes est souvent différent de mon activité de blogueur à 20 minutes.
Dans le premier cas, je me dois avant tout d'informer. Nous publions des formats courts qui ne laissent pas la place à des commentaires. Et quelque part c'est tant mieux. C'est au lecteur de se faire son opinion sur des faits. J'ai la faiblesse de croire qu'il en est capable. Rien que pour ce sujet, vous pourriez tout ce que j'ai écrit sans forcément être certain de ce que je pense personnellement. On me critique (ou catalogue comme vous dites) des deux côtés souvent et pas seulement dans ce domaine précis. Ca doit vouloir dire que je suis à peu près équilibré. Et cela ne m'empêche pas d'avoir le plus grande respect pour un journaliste comme Latrive de Libération qui défend des convictions justes avec sincérité.
Le blog en revanche, me laisse plus de liberté dans le commentaire, l'analyse, l'absurde, la perspective, les à côtés... ou l'amusement aussi. Ce n'est pas à vous que je vais apprendre qu'aujourd'hui, le papier et le web forment un tout complémentaire. Il y à prendre et à apprendre des deux.
Cordialement
David Carzon

Écrit par : david carzon | 15/03/2006

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu