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28/02/2006

Il est mouru Dick Cheney

(tout est presque faux mais tout aurait pu être presque vrai)

Il est mouru Dick Cheney. Alors qu’il participait à une battue aux bébés phoques au Groenland, l’ancien vide président des Etats-Unis a confondu un Esquimau habillé d’une peau d’ours avec un ours dont la tête ressemblait à celle d’un Esquimau. Un Lapon a tué un chasseur, a titré dès le lendemain un journal local, avant de découvrir l’identité de la célèbre victime. Les circonstances de ce drame sont troublantes car Dick Cheney était censé avoir arrêté la chasse depuis quelques années. Depuis ce mois de février funeste de 2006 où il avait blessé un ami au cours d’une partie de chasse, un accident qui avait provoqué une crise à la Maison-Blanche.

Peu après la révélation de l’incident par la presse, un journaliste de Temps Magazine bien informé, avait d’ailleurs rapporté la conversation entre Georges W. Bush et Dick Cheney lorsque ce dernier l’avait informé des faits (la traduction est de Nelson Montfort) :
- Président j’ai un problème sur la conscience, il faut que je vous en fasse part, je pense que les journalistes vont être bientôt au courant.
- Vous ne voulez plus utiliser la torture sur les détenus de Guantanamo ?
- Non non pas du tout, ce n’est pas ça, ce n’est pas si grave quand même.
- Ha bon, j’ai eu peur d’avoir à vous virer, je ne veux pas d’une lopette dans mon équipe. Alors c’est quoi votre problème Dick ?
- J’ai un accident ce week-end, j’ai tiré à la chasse sur un ami.
- Haaaa c’est dégueulasse, c’était la petite ou la grosse commission ?
- Euhhh non, je n’ai pas tiré la chasse sur un ami. Je participais à une partie de chasse et j’ai blessé un ami avec mon fusil de chasse.
- Ha bon, ce n’est que ça, j’ai eu peur d’avoir à vous virer, je ne veux pas d’un pervers dans mon équipe. Si les journalistes sont au courant, dites qu’il s’agissait d’un dangereux islamiste que vous avez dû maîtriser.
- Vous êtes certain que ça va marcher ?
- Rajoutez que vous n’avez pas couché avec Monica Lewinski. Au moins, vous, c’est vrai.
- Non, mais attendez, ça ne peut pas marcher, c’était un ami, je le connaissais bien.
- Et alors ? On ne sait jamais où ils vont se cacher les islamistes. Vous savez ce que c’est les cellules dormantes ?
- Oui, c’est moi qui vous l’ai appris.
- Et ben, votre ami pourrait avoir eu des cellules dormantes dans son corps qui se sont réveillées. Comme un cancer. Et vous avez été obligé de le tuer.
- Faites-moi penser à vous réexpliquer ce que sont les cellules dormantes un jour. En tout cas, vous ne pensez pas qu’il vaut mieux que je dise que je visais un oiseau et que dans mon geste, je n’ai pas vu mon ami qui se trouvait dans ma ligne de mire.
- C’est pas mal ça. Et c’est la vérité ?
- Ben non, je l’ai visé délibérément, il venait de me dire qu’il s’était tapé Monica Lewinski et qu’elle ne coucherait jamais avec un plouc comme moi.
- Ha bon, alors ça va, j’ai eu peur d’avoir à vous virer, je ne veux pas d’un mec qui ne sait pas viser dans mon équipe.
- N’empêche que ça pourrait prêter à confusion.
- Mon petit Dick, vous prêtez vos affaires à qui vous voulez.

On se souvient tous aujourd’hui encore des conséquences de ce scandale. Forcé de s’exprimer publiquement sur les circonstances de cette partie de chasse, Dick Cheney avança donc l’argument de l’accident, de la visée malencontreuse. Et c’est là que les choses dégénérèrent. La Société des chasseurs américains qui visent bien (SCAQVB) s’empara de l’affaire, arguant qu’un mauvais tireur est un mauvais chasseur, et qu’un mauvais chasseur ne peut pas être un bon vide président. Dick Cheney tenta de détourner l’opinion publique en lâchant une bombe atomique sur l’Iran puis en avouant qu’il avait visé son ami exprès, rien n’y fit. Et Georges W. Bush fut forcé de virer ce faucon mais vrai tyran.

Depuis, Dick Cheney avait publiquement annoncé son retrait de la chasse, en s’inscrivant à une cure pour devenir végétarien. Il faut croire que les vieux démons sont tenaces puisqu’il semble aujourd’hui que ses voyages à l’étranger lui servaient à s’adonner à son ancienne passion loin des regards indiscrets.

De cette histoire, on en retiendra surtout la fin puisqu’en signe de réconciliation, Dick Cheney a eu les honneurs d’un enterrement chasseur. Sa dépouille a été dépecée, démembrée et partagée par quelques rustauds moustachus. Seuls ses viscères ont été déposés dans un cercueil et enterrés en pleine forêt dans la plus stricte intimité.
Selon nos informations, un célèbre crooner aurait prononcé l’oraison funèbre, terminant sur cette phrase : « En nous, restera le souvenir de Dick rivé ».

David Carzon

Rencontres du 3ème type

Ce soir et demain, des rencontres entre artistes, cinéastes et des députés sont organisées sous la houlette de Jean-Louis Debré, président de l’Assemblée nationale. Des rencontres fermées au public et à la presse où sera discuté le projet de loi sur les droits d’auteur qui revient à l’Assemblée la semaine prochaine.

Outre le fait qu’aucune association d’internautes ou de consommateurs n’ait été conviée pour donner leur point de vue – on a un peu l’impression que tout est joué d’avance – la liste des invités représentants le monde de la musique mercredi midi laisse songeur : Charles Aznavour, Jean-Jacques Goldmann, Jean-Michel Jarre, Françoise Hardy, Enrico Macias, Pierre Perret, Thomas Fersen, Kyo, Amel Bent, Hubert-Félix Thiefaine, Alain Chamfort, le groupe Passy, Johan Ledoux et Laurent Petitgirard.

Encore plus étrange : un nom revient à plusieurs reprises depuis que des députés frondeurs ont fait voter le principe de la licence globale en décembre : celui de Jean-Jacques Goldmann. Il était déjà du voyage lorsque Nicolas Sarkozy avait rencontré d’éminents représentants de la musique, d’internet et de la blogosphère (à lire le très bon papier de Chryde : http://www.chryde.net/blog/2006/01/voil_ce_fut_lon.html ).

JJG est un des rares artistes à ne pas avoir ses titres diffusés sur les plateformes légales et payantes. C’est son droit de ne pas vouloir faire sa révolution numérique. Mais alors que représente-t-il hormis la caste de « ceux ne veulent pas que ça change parce qu’on profite bien du système » ? JJG reste un artiste à la marge... commerciale.

David Carzon

26/02/2006

Droits d'auteurs : de la hauteur bordel

Dans une petite semaine, le projet de loi sur les droits d’auteurs revient à l’Assemblée. DRM, licence globale, répression des pirates, cadeau aux majors, artistes spoliés… finalement, ce sont des discussions déjà entendues mille fois qui vont reprendre. Avec la désagréable impression qu’avec tout ce battage, on est en train de passer à côté du vrai débat : comment la création peut se servir d’internet pour trouver de nouvelles voies de diffusion ?

Une partie du public, des artistes et des internautes a déjà pris de la hauteur. La preuve la plus connue s’appelle aujourd’hui Artic Monkeys, quatre branleurs de Sheffield qui ont diffusé gratuitement leur musique sur le net pour se faire connaître. Ce qui ne les a pas empêchés de vendre un million d’exemplaires de leur album en moins de trois semaines. Comme quoi les deux ne sont pas incompatibles, même s’il s’agit pour le moment d’une exception.

Pour un groupe, internet n’est pas non plus la voie royale. Et pour se faire connaître, il faut user de toutes les ficelles existantes, dans les deux mondes, matériel et immatériel. Prenons un (excellent) groupe écossais peu (encore) connu : Fuck-Off Machete.

Deux garçons, une fille, et plein de possibilités de faire de la très bonne noisy-pop pour ceux que ça intéresse. Le groupe utilise bien sûr internet pour percer. On le retrouve sur de nombreux blogs ou sur sites, surtout écossais, il a son propre site http://fomachete.com. Ce n’est pas suffisant, les bons vieux outils sont parfois aussi efficaces. En venant au Midem à Cannes en janvier, Natasha Noramly, chanteuse et bassiste, a rencontré les gens d’une maison de disques australienne, Jam Recordings. Coup de foudre réciproque et résultat : le groupe ira faire une tournée en Australie et en Nouvelle-Zélande cette année. On attend la même chose pour la France.

On le voit, pour toucher le grand public internaute, utiliser internet comme un outil de promotion, c’est comme jeter une bouteille dans l’océan. Alors on voit fleurir sur nos fenêtres d’ordinateur de plus en plus de sites, d’annuaires, de moteurs de recherches, de webzines, de blogs mp3 qui font ce travail de recherche, de découverte de collecte et de partage. En France, des noms comme la blogothèque www.blogothèque.net, jamendo , lestéléchargements www.lestelechargements.org - à ne pas confondre avec le site lancé par le ministère de la Culture – Musique Fluctuat http://musique.fluctuat.net/blog sont devenus des références. Ou des outils indispensables.

Le débat sur les droits d’auteur ne peut plus se limiter à deux options : je diffuse mon œuvre gratuitement ou je fais payer. Les artistes peuvent trouver de nouvelles voies de diffusion, des chemins de traverse, pour concilier diffusion et respect des droits de chacun, comme la licence Creative Commons ou le label Magnatune. L’avenir est plutôt à chercher de ce côté-là.

David Carzon

 
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